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Sylvie Ugarte, Psychopraticien à Nantes
Sylvie Ugarte
Psychopraticien à Nantes
 
Sylvie Ugarte, Psychopraticien à Nantes

Psychothérapie

La venue prochaine d’un enfant est parfois à l’origine d’une demande thérapeutique aussi bien pour l’homme que pour la femme. Même si par définition la relation au bébé est différente pour chaque membre du couple, chacun est amené avec l’arrivée du bébé à revisiter des éléments de son histoire infantile. Pour la future mère, particulièrement, l’état de grossesse ouvre une faille et la place dans un “moment de transparence psychique” propice à la remontée de souvenirs habituellement refoulés. Cet état déjà décrit par le psychanalyste DW Winnicott comme “un repli, une dissociation, presque un état schizoïde" mais “maladie normale” à ce moment et qu’il a nommé “préoccupation maternelle primaire” permet à la mère de développer une hypersensibilité et de se dégager de son self propre pour s’ajuster aux besoins du bébé pendant les premiers mois de sa vie. Cette capacité maternelle qui n’est pas innée permet à la mère “suffisamment bonne” d’assurer un enveloppement psychique et physique sécure afin d’assurer un bon développement de l’enfant. 

Outre les compétences maternelles, cet état induit une fragilité psychique chez la future mère que l’entourage doit prendre en compte. Ce qui est particulièrement touchant dans l’explication de Monique Bydlowski, c’est le rapport qu’elle établit entre la survenue de l’enfant et la transparence psychique de la mère. Ainsi, c’est parce que cet enfant attendu est un événement tellement bouleversant qu’il permet de lever le refoulement habituel sur des souvenirs considérés à ce moment comme plus négligeables

“en dehors de cette circonstance exceptionnelle que constitue la grossesse, ces souvenirs n’auraient jamais été communiqués. On peut dire que comparés au caractère exorbitant de l’événement en cours - l’élaboration d’un enfant -, les souvenirs les plus scabreux, les plus inavouables se dévaluent comme une monnaie qui n’a plus cours et qui, cessant d’être précieuse, peut être distribuée avec largesse en paroles.”* 

c’est dire si cet événement (avoir un enfant) absolument naturel et tout à fait commun (d’un point de vue historique et statistique) demeure toujours un bouleversement absolu pour la femme.

On pourrait alors s’attendre à ce que cet enfant à venir occupe son discours, or il n’en est rien. En consultation, “la plupart du temps, la jeune femme qui a l’occasion de s’exprimer librement se montre nostalgique et centrée sur l’enfant qu’elle a été autrefois.”*

“L’enfant imaginaire est soigneusement maintenu au secret” “c’est le silence de la passion amoureuse et du bonheur intime qui se passe de commentaire et de partage. Il est voué au secret car la rêverie règne, et rien n’est dit. Cette passion se suffit à elle même car son objet n’est pas extérieur à soi.”*

 

La grossesse est souvent une période pendant laquelle la femme va rechercher un lien avec sa mère ou un substitut maternel (tante, amie, professionnel du soin…) afin d’y trouver appui, partage et appartenance à une lignée.

La conception chez la jeune femme repose sur la conjonction d’éléments appartenant à son vécu psychique.

“lorsque les trois éléments nécessaires à la maternité sont présents, l’enfant arrive à leur point de convergence, entre, d’une part, le lien à la mère de l’origine, d’autre part, le désir phallique - ce voeu incestueux d’un enfant donné par le père - et, enfin, l’amour sexuel pour un homme du présent. Toute aptitude à la maternité suppose la coïncidence de ces trois éléments.”*

Si la période oedipienne et son déplacement vers un conjoint suscite le désir d’avoir la puissance phallique. La filiation féminine se situe alors du côté de l’être.

“être à l’image de la mère d’autrefois maintenant affaiblie par l’âge  et qui aura besoin que sa fille enfante à son tour”*

Ce qui suppose la rencontre et la permanence à l’intérieur de soi de cet amour ancien. Ce souvenir de la tendresse maternelle primaire permet à la femme de concevoir un sentiment de gratitude pour ce qui a été donné et constitue une “dette de vie.” La filiation s’organise autour de ce don et met en perspective la temporalité autour de ces deux êtres. En effet, la fille doit être en capacité d’éprouver ce sentiment de gratitude envers sa mère et d’accepter que sa maternité établisse la faiblesse (elle n’est plus en âge de procréer) voire la vieillesse de sa mère. Un relai s’établit entre elles deux et fonde une transmission de savoir-être qui sera à son tour transmis à l’enfant.

 

 Sur le plan psychique, l’idéalisation de la mère est nécessaire au bon déroulement de la grossesse. La future grand mère constitue pour la femme enceinte un arrière plan sur lequel elle peut s’appuyer. Il s’agit d’un double d’elle même, celle en qui elle peut avoir confiance en cas de défaillance.On retrouve mêlé ce sentiment de filiation et d’identité commune..

“Il faut le temps d’une conception et celui d’une grossesse, avoir adopté la valeur - donner la vie - comme la valeur suprême, puisqu’elle est cause de notre propre arrivée au monde.”*

Néanmoins cette confiance s’appuie sur un processus psychique d’idéalisation, il est fugace. Il peut être déplacé sur une autre personne (tante, amie,...) pourvu que celle ci puisse porter l’idéalisation maternelle. Les conflits mère/fille existant avant la grossesse ne disparaissent pas avec celle ci et peuvent réapparaître la grossesse terminée.

 

Le processus de la reconnaissance de la  dette et de la gratitude qui s’y associe en retour met en lumière la vulnérabilité de la mère, le temps qui passe, celui qui conduit chacun et la mère également vers la vieillesse. L’expérience de la grossesse rapproche dans un éprouvé corporel et psychique ces deux femmes.Si le corps féminin de la maternité peut être parfois glorifié, la culture judéo-chrétienne associe la maternité au recueillement, à la vulnérabilité voire à la perte. 

Lors du jugement de Salomon, la mère véritable est celle qui renonce, celle qui préfère la perte et peut sacrifier son amour pour la survie de son enfant. Son renoncement la fait reconnaître comme mère véritable. D’une façon encore plus tragique, la figure de Marie est associée sans cesse à la perte et au sacrifice.

“La mère de toutes les mères est celle qui endure la séparation d’avec son enfant dont elle sera dépossédée jusque dans sa mort. Annoncée par une parole d’archange, la naissance du Christ fait de la Vierge Marie la plus puissante figure maternelle qui puisse être pensée, et en même temps ce n’est l’histoire que d’un détachement jusqu’à la mort (..), que traduit l’Evangile”.**

Dans notre société, la naissance médicalisée n’est plus associée à un risque majeur pour la femme et son enfant mais l’époque où les femmes mouraient en couches et la mortalité infantile, élevée n’est finalement pas très éloignée. Que reste-t- il dans l’inconscient collectif et dans notre psychée de cette naissance associée à la mort ? Comment ce risque résonne t-il jusqu’à nous ? Dans une société qui a fait de l’autonomie sa valeur première, quelle place pour cette vulnérabilité si précieuse hors du champs médical ?



 

* Monique Bydlowski, Je rêve un enfant, l’expérience intérieure de la maternité

 

** Anne Dufourmantelle, La Femme et le Sacrifice

 

 


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